Une image déchirée

 

Une image déchirée sur les murs de Venise. Noires et blanches, les figures et les armes des combattantes des YPG, dans le nord de la Syrie. La main qui a collé ces visages est une main amie. Une alliée que je salue et remercie en écrivant ces mots dans la forêt de Duino, au milieu des chênes verts et des buis.

La main qui a lacéré cette image de résistance est la main de mon ennemi, et je pourrais écrabouiller chacun des doigts qui ont servi au saccage, parce que la menace d‘une intervention militaire turque se précise, puisque l’US Army va se retirer de Syrie. « Le peuple kurde n’a pas d’alliés, parce que nos alliés nous ont toujours trahis ». Cette phrase que tous les porte-paroles des Kurdes ont prononcée un jour ou l’autre a pris encore une fois la force d’une rengaine désespérante. À nous de la faire mentir maintenant. À nous de prouver que nous avons retenu l’appel d’Asli Erdogan, en décembre 2016, depuis la prison des femmes d’Istanbul. À nous de nous dresser contre l’État turc qui continue d’organiser l’assassinat d’un peuple et d’une culture à coups d’obus et de massacres des civils. En France, en Italie, la diaspora kurde est dans la rue pour alerter d’un massacre programmé et c’est à nous de les rejoindre. Vite.

Journal, 26 décembre 2018.