Une citation au hasard

Surtout, est-il encore permis aujourd’hui de faire de la recherche en sciences sociales sur une situation autoritaire en en tirant toutes les conséquences ? La question n’a rien de rhétorique. On sait depuis longtemps que la légitimation d’un Etat autoritaire n’a pas seulement à voir avec la répression, mais avec la capacité du régime à enrôler nombre d’acteurs qui, tout en ne se reconnaissant pas forcément dans son exercice du pouvoir, souhaitent tout simplement mener une vie correcte, exercer sans trop de problèmes leurs activités professionnelles, se consacrer à leur quotidien etc. Cela suppose des accommodements, des façons de fermer les yeux sur ce qui fait problème ou fait violence. (...) Cette situation est aujourd’hui démultipliée par la transformation des rapports de force globaux, les coopérations internationales en matière scientifique, et l’augmentation de la circulation des informations à l’échelle mondiale. Un article publié il y a quelques semaines soulignait déjà combien évoquer, en tant qu’universitaire, les pratiques de tel grand pays à l’égard de ses minorités peut vous valoir une convocation à son ambassade pour « prendre le thé »… et se voir proposer des invités de futures conférences pour parler de la « réalité objective » du même pays. Qui a un peu voyagé se rappelle vite que la possibilité d’une recherche libre en science politique ne va pas de soi, et que questionner le pouvoir suscite fréquemment le courroux… dans les dictatures comme dans des démocraties en crise où se déploient d’inquiétantes pentes autoritaires. — J. Siméant, 1er décembre 2020.