Lire le poumon : un fragment شُش‌خوانی: یک قطعه

 

 

شش‌خوانی: یک قطعه

از پشت ماسک مولکول‌های سرفه را می‌شمردم
برمی‌گشتم وُ چک می‌کردم آیا قطار از تمام پنجره‌ها به همان میزان رد می‌شد؟
وَ آیا تکه‌های گرمِ نور از نگاه خیره‌ی عدسی‌ها بیرون نزده بود؟
فلس‌های پایین‌تنه‌ات را می‌شمردم فرو می‌رفتی از سینه
انقلابی‌ای که به دوربین لبخند می‌زد (و جان می‌داد)
در زبان مادری‌ات سرفه می‌کنی؟
من زبان‌های تو را می‌شمردم پرزهای زبان‌های تو وُ مولکول‌های هوای میان دو لب را می‌شمردم اشک‌های تو را می‌شمردم آب دریاها را می‌شمردم اجسادِ درون زمین را پرهای پرنده‌ها را می‌شمردم سرگیجه‌ی صخره‌ها را می‌شمردم ذره‌های معلق را می‌شمردم شن‌های داغ را

 

Lire le poumon : un fragment

Derrière ton masque
Je comptais les molécules de tes toux
Je tournais vérifier si le train passait également devant toutes les fenêtres ?
Et si les fragments chauds ne sortaient du regard fixe d’objectif ?
Je comptais les écailles de ton bas ventre, tu t’enfonçais jusqu’au cou, tel un révolutionnaire souriant à la caméra
(donnait sa vie)
Dans ta langue maternelle tu tousses ?
Tes langues je les comptais, les papilles sur ta langue et les molécules d’oxygène entre deux lèvres je les comptais, tes larmes je les comptais, les eaux, eaux de mer je les comptais, les cadavres enterrés plumes des oiseaux je les comptais, vertiges des roches je les comptais, particules suspendues sables chauds je les comptais je les comptais.

Dans la poésie qui lui est propre, Zahra Pourazizi ne cesse d’inventer son propre langage à l’intérieur de la langue persane où, le rythme et la répétition fonctionnent tel un mantra. Dans ses poèmes, elle explore, avec minutie, tout un monde muet, abandonné, non-dit ou non-écrit. En effet, chez Pourazizi, l’immanence de l’écriture rime avec la transgression. Avec une générosité implacable, elle offre, sans compter, la liberté au poème. C’est coûteux, c’est dangereux mais c’est à ce prix-là que la poésie, sa poésie, s’écrit.
Parmi ses publications, on peut notamment mentionner un recueil de poésie, publié aux éditions Nashré Paris, quelques nouvelles aux Éditions Elmi-Farhangi à Téhéran et une collaboration ininterrompue avec la revue avant-gardiste Naamomken (Impossible). Elle est aussi l’auteure d’essais littéraires, et traductions de littérature française, faisant actuellement une thèse en Littérature et langage.


Journées de rencontres radiophoniques ∏-node 25-26-27/09/2020, La Générale Paris 14ème. Image : MoHo Pourazizi.