Le rêve comme archive de la violence

 

 

La recherche interroge les formes contemporaines de la violence, à travers les traces de ses inscriptions dans la vie onirique. Il s'agit d'une approche théorique et pratique des rêves de personnes qui ont vécu l'éclatement social du Chili au printemps 2019. Nous nous intéressons au rêve, à la diversité de ses figures hétérogènes, comme un potentiel d’ouverture à une phénoménologie de la violence, où le rêve devient un terrain propice à déployer une lecture singulière de la violence. En ce sens, elle est une recherche qui se concentre sur un processus, sur le mouvement au cours duquel le rêve est produit, tout en réarticulant les formes de violence. C'est précisément ce processus en mouvement, l'espace de production de la subjectivité face à la violence extrême, que nous allons parcourir.
Ainsi, la perspective délimitée cherche à resituer la voie du rêve en tant qu'espace de réécriture de la singularité qui n'est pas réduite à la loi du même qui impose l’universel abstrait. C’est pourquoi la clé de lecture du rêve qui se présente ici ne se trouvera pas dans sa négativité, la faute ou la détresse, cela qui impliquerait la reproduction d’une vision déficitaire dont la conséquence serait la réduction des expériences de violence à une dimension purement improductive (Das, 1996; Ortega, 2004, 2008), tout comme cela a été développé dans certaines perspectives centrées exclusivement sur l’aspect traumatique ou « victimologique » de la violence. En effet, le rêve ouvre des voies pour penser le croisement de l’histoire singulière et collective, générant une « autre histoire » qui s’ouvre à l’avenir du sujet et de la société (Derrida, 1997).

Psychologue clinicienne à visée psychanalytique, Isis Castañeda Capriroli rédige une thèse de doctorat de philosophie entre le Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP) de l’Université de Paris, le Laboratoire d’études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie (LLCP) de l’Université Paris 8 et le Laboratoire transdisciplinaire en Pratiques Sociales et Subjectivité (LaPSoS) de l’Université du Chili. Ses recherches portent sur le rêve comme moyen d’étudier différents problèmes, s’intéressant plus particulièrement à la violence politique, à son incidence et aux modes de résistance dans la vie subjective. Elle est membre du comité de rédaction du revue Bricolaje de la Faculté des sciences sociales de l’Université du Chili.